HISTOIRE D'EN RIRE

LA SOIREE MONDAINE

Un jour Popol était alors mon compagnon journalier, mon petit Popol à moi, ma moitié de vie, enfin, du moins je le croyais … Mon Popol rentrant du boulot m’informait alors que très prochainement une belle réception aurait lieu ici même, dans la ville de Romorantin, pour l’ouverture du magasin dont il était devenu responsable. Il était devenu petit chef ! Alors, comme si j’étais laide et moche, il ajouta quelques mots pour me faire com-prendre que je serais invitée et que je devais faire des efforts pour être à la hauteur. La hauteur de quoi ? Sur le coup, je me

posais la question.

Etre à la mesure de son chef, du boss, quoi, son singe si vous préférez « je vais devoir encore faire des grimaces et des courbettes ».

– Tu sais, lui dis-je, je n’ai pas très envie !

Il me trancha la parole.

  • Si, si, si, cette fois tu es obligée de venir. Tu ne vas pas sans arrêt te dérober à toutes les invitations de mon patron !
  • Popol bandait de rage.
  • J’ai ça en horreur; je ne me sens pas à l’aise au milieu de ce genre d’individus. Je déteste les soirées mondaines. Ca me fait suer t’as pas idée. Avec leurs questions à la con : qui êtes-
  • vous ? ; Que faites-vous ? ; Que pensez-vous ? ; En voulez-vous ? ; Comment vous portez-vous ? ; Et comment vous sentez- vous ? Etc., etc.
  • Oh! Oh! Hé!, ça suffit. Je te dis que cette fois tu viendras, non mais alors !
  • Et puis d’un coup : sur la table Popol se redresse en disant :
  • C’est qui le chef de famille ici? Je dis que c’est ainsi,
  • Car c’est moi qui commande, c’est moi qui dirige et c’est moi qui suis le chef. ..

Alors, évidemment, je devins raide comme sa queue en érection et tout mon être lui disait non. Eh bien, l’engin ne fut même pas déconcerté. Que croyez-vous qu’il fit un peu plus tard.

dans la soirée? Oui, oui, oui Messieurs-dames c’est tout à fait cela, il voulait copuler et refusant mon refus se mit à parler de droit du mec sur sa femme : « la femme doit se donner à son mari et de ce fait tu n’a pas le droit de me refuser. Je peux te prendre de force sans être inquiété le moins du monde. C’est la loi et nul n’est sensé l’ignorer. Eh oui, ma chère femme, les lois sont faites et votées par le sexe fort; ça, c’est notre force». Et il viola sa femme. C’était au temps où le viol n’existait pas entre mari et femme. Avant les années 1970.

Popol s’était marié en 1965 avec la Nanoue. Il était d’une jalousie maladive et puis il avait d’autres défauts que Na-noue prenait pour des qualités. C’est bien plus tard qu’elle finit par admettre et comprendre vraiment qui était en réalité son Popol. ..

Vint le jour tant attendu par notre chef responsable de magasin. Ce jour-là il fallait bien trouver une personne pour s’occuper de leur petit bout de bambin de deux ans. Une voisine fit l’affaire.

Dans le magasin, en plein centre de la ville, le tout Romorantin se pressait. Le grand singe se tenait sur le pas de la porte serrant des mains, faisant des courbettes, il souriait, il saluait etc. etc.

Et le moment fatal vint où mon Popol me présenta à lui en disant :

  • Monsieur Soulier, je vous présente ma femme. L’individu me dévisageât.

Déjà son nom prêtait à rire, mais en plus il ajouta :

  • Madame je vous présente mes hommages.

Je fus tout à fait déconcertée. C’était la première fois que je vivais cette situation. Dans mon for intérieur je me di-sais : ses hommages qu’est-ce que j’en ai à foutre ? Qu’est-ce que je pourrais en faire pourquoi pas aussi ses ramages. La Fontaine était dans ma tête : Maître Soulier, en bon singe, sur un arbre perché, tenait la foule à ses pieds et en désespoir de cause je suis allée au buffet pour manger un morceau de fromage …

La soirée fut pour moi épouvantable. Il y fut question de tout et de rien, des fontaines d’un autre temps, Madame Un-tel souriait aux anges qu’elle était la seule à voir; Monsieur Machin parlait de ses petits pois ; Monsieur Tmc nous fit part de son penchant pour l’alcool ; Maître Soulier nous parlait de ses pompes. Il avoua qu’il avait un grand pied et qu’il chaussait du 47 en pointure et qu’il avait des difficultés pour trouver chaussure à son pied …

Monsieur le maire nous contât l’histoire de sa ville, de ses racines et des arbres centenaires qui faisaient sa fierté. Mon-sieur Bidule lui aussi présent à cette cérémonie représentait l’usine Matra. Il raconta l’histoire de Matra et de sa venue à Romorantin-Salbris pour le bien-être des Solognots …

Popol était content. Son singe le présentait à toute cette bande de rigolos tous plus noirs les uns que les autres. On n’entendait que des « À la tienne Machin, à la tienne Soulier, allez, trinquons mon cher Bidule, à la tienne Popol ».

Nanoue n’avait qu’une idée en tête: rentrer chez elle. Elle alla parler dans le creux de l’oreille de Popol et s’en alla très discrètement. Elle ouvrit la portière de sa RS, s’engouffra, démarra, puis alla chercher le véritable amour de sa vie, son fils Bob. Tard dans la nuit, elle entendit Popol complètement ivre qui pestait contre elle. « Tu vas voir ta gueule demain, me faire ça à moi, un jour de promotion ». Elle entendit Popol vomir tripes et boyaux et entre deux hoquets il disait : « tu vas voir ta gueule, attends, tu ne perds rien pour attendre ».

Cette nuit-là fut longue et triste et blanche. Et elle commença sa méditation profonde la Nanoue. Celle-ci dure toujours après 47 ans de vie commune.