HISTOIRE A LIRE

MEZISSA & MEZIENDON #3

Désormais, nous sommes en 1932, Mézissa était née an 1919, elle avait donc 13 ans, et il lui restait un an pour connaître et décortiquer nos deux fameuses légendes du coin. Elle n’avait de cesse de sire à son père et à Louis :

« je veux savoir et comprendre »

Comme convenu, elle invitait le musicien aveugle à la ferme pour déguster des crêpes.

L’homme qui d’ordinaire était plutôt du genre réservé et taciturne, se mit à parler parler et , son récit coulait sur un flot de paroles dont le débit étourdissait un tant soit peu Mezissa.

Son père par simple discrétion, s’était exclu de la conversation, du moins c’était ce que pensait notre jeune demoiselle… et c’est ainsi qu’elle appris que ses ancêtres les grand-père, et la grand-mère et sa mère avaient tous travaillé pour nos deux seigneurs. Les femmes en faisant du ménage, du repassage, et du service soubrette, lorsque nos grands et beaux seigneurs recevaient leurs congénères ; des comtes , des barons, des ducs des généraux ; enfin toute une partie de ce que les petites gens appellent les grands de ce monde.  Moi personnellement, je nomme ceux-ci (bien entendu ça n’engage que moi) les huiles formatées et frelatées, des restes des royautés de notre beau pays. Elle allait de surprises en déceptions, et l’homme musicien, qui était pourvu d’un sixième sens, du fait de sa non voyance, sentait que Mézissa était très intéressée par son récit, alors elle pensait en elle-même qu’il en rajoutait un peu, et lui disait :

  • C’est aussi véridique, que je m’appelle Jenivoiquedal, ta mère si savais si tu savais !
  • Quoi ma mère, qu’a t-elle fait ?
  • Rien de bien méchant, elle était si fraiche, si tendre !
  • Comment savez-vous tout ça ?
  • Ah tu es si jeune, je le sais et puis un point c’est tout !

C’était terminé pour cette fois. L’homme se levait , et lui demandait  :

  • Où est ton père que je le salue ?
  • Papa, papa !! S’écriait Mézissa, Monsieur Jivoiquedal veut te saluer !
  • J’arrive, j’arrive ! Répondait le père Ellicot, sa pipe en bruyère à la main. Ils se serrèrent, cordialement les mains ; Mezissa déposait deux petites bises sur les joues de l’homme ou grand savoir, et s’aidant d’une canne blanche il rentrait chez lui.

Le père Ellicot regardait sa fille, qui elle dévisageait son père, et puis, n’y tenant plus elle posa la question :

  • Dis-moi papa, aimais-tu ma mère ?
  • Tu en as de drôles de questions, si j’aimais ta mère, bien entendu que je l’aimais, ta mère était aimée de tout le monde, et particulièrement de la gente masculine, tout le monde voulait l’embrasser, moi le premier, elle appelait l’amour. Elle avait su sex appeal ! Et puis tout à coup plus rien de sortait de sa bouche, l’homme pleurait sans pouvoir verser une seule larme, autrement dis c’était de la faute à sa mère, et aussi surtout de la faute de son père, qui dès sa plus jeune enfance, lui avait enseigné qu’un homme ne doit jamais pleurer, et qu’un homme se doit être » fort ; la belle éducation, qui dit qu’un homme soit-être fort, bon loyal et généraux …
  • Fort, bon loyal et généraux ; ton père, ta mère ton honorera. Dieu tu n’offenseras.Oui, oui, oui, oui oh là là ! ou lié ! Ah lulu !

Que tout cela est d’un compliqué pour moi pensait notre Mézissa.

Elle grimpait sur l’escabeau qui était en dessous du cerisier, puis elle avait un ventrée de cerises à en attraper la courante. Bien entendu, le merle siffleur était présent à ses côtés ; elle se fait des pendants d’oreillers avec les cerises, elle parlait avec les oiseaux ses amis, il y avait un couples de bouvreuils, un autre de mésanges bleues, puis un autre couple de rouges-gorge, puis un couple de tourterelles, et toutes sortes de piaffe ! « Piou, pou, pou ». C’était le concert printanier petits-êtres de la nature.

Dans le jardin, elle voyait un hérisson qui lui, se dandinait auprès des salades bien formées ; elle vit aussi un charmant écureuil, qui courait pour se réfugier dans le noisetier.

  • Que c’est beau la nature s’exclamait-elle !
  • Que je l’aime cette belle nature, que je l’aime, que je l’aime, je ne me lasserai jamais de l’observer avec étonnement ; je dois être un peu poète, car j’entends des musiques étranges dans ma t^te, ça chante et ça danse pensait-elle en elle même. Je vais essayer de me faire une petite poésie.

J’entends chanter le rossignol

qui m’offre un petit récital

et arrive le merle moqueur

qui m’offre un brin de bonheur

et surgit la belle tourterelle

qui fait des ronds dans le ciel

Tous me chantent des arpèges

sans connaître le solfège

et ils me donnent le la,

qui fait chanter mon émoi.

Alléluia, Alleluia, alleluia…

  • En voilà un de ces mots bizarre et étranger (Alleluia) qu’est -ce que ça peut bien vouloir dire Alleluia ?

Et c’est en réfléchissant à ce mot qu’elle se précipitait au c tout au cabinet (WC) tout au fond du jardin (les tinettes), la cabane aux colombins ; c’était un genre de w.c turc mais fabriqué à la française !  Un trou était fait dans la terre , dedans était déposé une lessiveuse, et par dessus la lessiveuse, une fabrication maison, genre caissette était posée sur la lessiveuse, elle avait un trou au milieu sur le dessus, puis un couvercle pour atténuer l’odeur …

Quand la lessiveuse était remplie de matière fécale, elle était vidée sur le fumier ; ainsi allait et était la vie de tout le monde ; tout le monde avait sa cabane au fond du jardin pour y faire des besoins merdifiques ; elle courait, courait…

  • J’ai mangé trop de cerises c’est terrible la gourmandise confiait-elles son père !
  • ce n’est pas bien grave, ça te fait une bonne purge, c’est bon pour les intestins, et c’est très naturel, c’est bien mieux qu’un médicament ! disait son père en souriant.
  • Eh ben dis donc ! Les oiseaux doivent être terriblement purgés ; parce que tu verrais tout ce qu’ils se mettent ; d’ailleurs y’en a un qui m’a fait une petite crotte dans les cheveux ; désormais je suis bonne pour me laver la tête !
  • Tu as un gros savon de Marseille sur la margelle du puit, et puis à côté il y a une bassine d’eau qui a chauffé au soleil, tout ce qu’il faut pour être heureux terminait son père !
  • Elle était en train de s’essuyer les cheveux quand surgit à nouveau la dame en blanc qui semblait vouloir lui parlerais qu’aucun son ne sortit de sa bouche, c’était comme si elle était muette, elle tournait, elle dansait, telle une elfe ou une fée ; c’était magique et, elle s’envolait tout comme un oiseau ; et à nouveau pour la troisième fois Mezissa entendait une infime musique ; et le paon, toujours même paon, elle en était persuadée, il prit son envol en tournoyant au dessus de sa tête, en regardant Mezissa d’un ballet majestueux, et, il se posa devant elle et déployait une roue merveilleuse en roucoulant son amour de paon.

« Je suis de plus en plus certaine que tout ça veut dire des choses ; et si c’était ma mère qui venait me voir ! Peut-être pour me mettre en garde ; et si l’on était pas vraiment mort, quand on est mort ; et si l’on avait une autre vie après la mort ; et si, et si, et si ça ; la connaissance bon-sang de bonsoir, la connaissance, savoir et apprendre l’avant vie et l’après vie !

  • Papa, papa, ja vais dîner au village j’an ai pas pour longtemps !
  • Prends des sous dans le tiroir ramène un pain plutôt bien cuit !

Elle enfourchait sa bicyclette, et se dirigeait chez le père Jivoiquedal pour faire la causette.

  • Bonjour Monsieur Jivoiquedal, je viens voir si vous voulez bien que je vous emprunte une livre ; j’aimerai savoir ce qui se passe dans l’après-vie et aussi dans l’avant-vie  ?
  • Aïe, aïe, aïe, ouille, ouille, comme tu y vas petite, tu sais c’est pas facile, y’en a qui disent ceci, d’autres cela ; certains croient dsavoir tout, d’autres savent et se taisent  ; dis-moi ce que tu cherches et je pourrai t’aider ?
  • C’est que je ne sais pas exactement comment dire ça ! Je voudrais savoir si on peut avoir plusieurs vies ; est-ce que l’on peut revenir de l’au-delà  ? En tâtonnant, il quitta la pièce.
  • Attends que je cherche, je dois avoir ça dans l’armoire en oyer, attends moi là !
  • Oui, Monsieur le musicien, je vous attends !

Un vieux piano était présent , elle s’en approchait et, elle caressait du regard dans oser le toucher ; à côté du piano il y a avait un violon ; puis un accordéon laissait pendre ses bretelles, il était accroché à un énorme clou sur une cloison qui était elle, en biais de châtaigne.

  • Dis-moi petite Mezissa que lis-tu là ?
  • Je lis : les mystères de l’après-vie !
  • prends le, je te le confie, mais tu sais il ne faudrait pas tu prennes tout au pied de la lettre, il faut que tu apprends à ligne entre les lignes.
  • Qu’est ce que vous essayez de me dire Monsieur Jyvoiquedal !
  • Je veux tout simplement que tu apprennes à lire entre les lignes !
  • Ca veut dire quoi ça ?
  • Simplement que tu essaies d’imaginer ce que l’auteur ne dit pas, enfin ce qu’il n’ose dire ?
  • Pourquoi qu’il ne le dit pas ?
  • Parce que son oeuvre aurait été censurée !
  • C’est quoi la censure ?
  • C’est l’interdiction de dire !
  • Ben on n’est pas libre alors ?
  • C’est tout à fait ça ! Et c’est la raison qui fait q’un poète comme Jean de la Fontaine faisait parler les animaux à la place des êtres humains !  Parce que l’homme veut bien entendre de la bouche des animaux, ce qui ne peux être dit dans la bouche d’un homme, là ici on est dans le politiquement correct d’aujourd’hui ! (les non-dits) d’hier !
  • Eh ben dis-donc c’est vachement tordu tout ç, en quelque sorte l’homme aurait honte de ce qu’il est devenu !
  • T’as tout compris Mezissa, c’est tout à fait cela, si tu as besoin de mes lumières, n’hésite pas à venir me voir !
  • D’accord Monsieur Jyvoiquedal, merci et bien le bonsoir !
  • Au revoir petite à bientôt !

Elle prit son pain à la boulangerie et rentrait chez elle dare dare comme on dit. Elle avait jusqu’à ce jour, très peu consacré de temps à la lecture car à la campagne, lire semble une futilité par l’intermédiaire de son maître d’école, elle avait entre ses mains , Causette, Vingt mille lieux sous les mers, et puis toutes les fables de la Fontaine ; bien-sûr elle connaissait l’histoire de Blanche-Neige, celle du Petit Poucet, l’autre de Tom Pouce, l’histoire aussi des trois petits cochons et , également une ou deux histoires de Comtes galants genre : « Un jour mon Prince viendra et il m’emportera (ils s’aimèrent et eurent beaucoup d’enfants). Voilà quoi à peu près tout son savoir sur la littérature contemporaine notre héroïne. Alors évidemment se plonger dans les mystères de l’au-delà pour elle c’était tout un programme. Le livre parlait de surnaturel, de toutes sortes, de croyances, de la génèse, de testaments bibliques, des druides, des huns, des amérindiens, des utes etc, etc, etc…

Elle avait près de son lit, un endroit où elle lisait, éclairée d’une bougie, un dictionnaire à portée de main et, elle n’avait de cesse de rechercher sans fin, l’explication des mots cités ci-dessous ; un vrai travail de titan, mais loin de la rebuter, elle lisait, lisait, lisait et elle cherchait, cherchait, cherchait jusqu’à l’endormissement de son humble personne.

C’est le jour de la lessive, Madame Legrapet qui était une femme à tout faire que le père de Mézissa, employait deux fois par semaine, s’évertuait à faire du feu sous un hangar, en allumant de la javel sous un chaudron pour faire bouillir la marmite à linge. Avec un gros bâton rond, elle touillait en tournant le linge en rond ; quand le linge avait suffisamment bouilli, avec son bâton, elle le jetait sur la selle à linge, puis avec un gros savon de marseille, elle frottait celui-ci, elle le brossait sur la selle ; puis elle le jetait dans une bassine propre et, lorsque celle-ci était remplie de linge fumant, elle le rinçait dans la fosse, puis l’étendait sur un fil de fer pour qu’il sèche . Parfois, elle réclamait un coup de main à Mézissa surtout pour plier les draps, le reste elle end faisait son affaire, elle repassait un fer à chauffer sur la cuisinière, il était tellement chaud, qu’elle le tenait avec un chiffon pour appuyer sur le linge, afin qu’il se défroisse.

Elle était gentille mais elle était sourde comme un pot, ce qu’il fait qu’elle parlait peu mais, quand elle le faisait elle criait presque, ou bien, elle faisait des gestes avec ses pieds et avec ses mains. Mézissa trouvait ça drôle et puis, en sa présence elle pouvait dire des tas de gros mots : des merde, cul, etc… La brave femme lui souriait en balançant sa tête, elle était constamment en train de dire  oui, oui , oui à tout le monde ; c’était vraiment marrant ; Mézissa la nommait Madame (ouiouioui) et tout cela était provoqué par son mouvement de tête qui allait de bas en haut ; finalement la femme Legrapet dite ouiouioui, avait un tic plus qu’un toc , pourtant elle avait du tact elle faisait son boulot

Le père Ellicot ne lui donnait pas d’argent, mais chaque mois qu’elle venait elle repartait chargée comme un bourricot et c’est  pourquoi elle venait toujours avec sa petite remorque qu’elle tirait avec son vélo, sensibles ils faisaient du troc, donnant, donnant (tu me donnes de ton temps et je te paye en mature) légumes, fruits, une épaule de porc, un jarret et, quand le fermier tirait un porc elle avait un mètre de boudin, des saucisses, des andouillettes. Quand il chassait, il lui donnait du gibier, une petite caille, deux poules d’eau, une pie, un geai, elle repartait toujours très satisfaite et, elle ne se lassait pas de venir l’aider un peu, en ménage et pour s’occuper des lessives, même qu’elle en redemandait ….

  • Faut ce qu’il faut disait le fermier ça va bien comme ça !
  • Ah ! oui dis donc, si on l’écoutait elle serait toujours chez nous Madame Legrapetse plaignait Mézissa.
  • Ca va fillette, ça va n’en fait pas trop !
  • C’est histoire de parler papa !
  • Ah bon j’aime mieux ça, allez hop à table ma fille !